Déconstruction I : de l'inapplicabilité algébrique de l'idéal du couple exclusif

Publié le par Kallisti

Déconstruction I : de l'inapplicabilité algébrique de l'idéal du couple exclusif

Je ne crois pas à l'exclusivité dans le couple. Bien sûr que je crois au couple, que je crois qu'à deux personnes complices et proches, on peut construire quelque chose de fort, partager des sentiments et des projets. Mais je suis d'avis qu'un tel cadre normatif, et notamment l'impératif de l'exclusivité sexuelle, est une construction culturelle qui est limitante et frustrante.

Pourquoi ? Parce que si tu penses en termes de besoins sexuels, un tel modèle ne peut pas fonctionner. Le sexe, c'est un jeu d'adulte, c'est quelque chose d'assez fragile, particulièrement dans notre société. La psychanalyse elle-même a érigé la sexualité en moteur de l'individu (*). Celui qui ne peut satisfaire ses pulsions sexuelles est frustré et doit les gérer par une stratégie ou une autre. Quant à celui qui a des envies sexuelles qui sont dépassées par sa pratique de couple, il doit se forcer et supporter des rapports qu'il ne désir pas.

Tu vois où je veux en venir, j'imagine. Les probabilités qu'un couple formé d'un individu avec des besoins x et un individu avec des besoins y soit au sein d'une égalité totale sont plus que limitées !
besoins x = besoins y
Je ne dis pas que c'est impossible, je dis que c'est rare. Je dis même que les besoins de chacun évoluent avec le temps et qu'une parfaite égalité à un instant T n'est pas le signe d'une égalité durable.
Ce qu'il se passe la plupart du temps ressemble plutôt à ça :
besoins x = besoins y +2
C'est-à-dire qu'en général dans un couple, un des partenaires, ici x, aura envie de plus de rapports (je parle tant de fréquence que de pratiques) que le second, ici y, qui serait très heureux avec un certain nombre de rapports seulement.
Souvent ce qu'il se passe dans ces cas-là, c'est ça :
besoins x -1 = besoins y +1
A savoir, si vous ne parlez pas trop les mathématiques, que x, qui a beaucoup de besoins, ne comblera pas tous ceux-ci, et en sera d'ailleurs frustré ; tandis y, qui a moins de besoins, devra se forcer pour des rapports dont il n'a pas envie, et tout cela dans le but de plaire à l'autre.
C'est par cette démonstration que j'affirme que le couple ne peut pas se suffire à lui-même sexuellement parlant.

Dès lors, l'ajout d'un acteur e me paraît personnellement la solution la plus simple et adaptée à assurer la satisfaction de chacun. Dans une composition comme celle-ci :
besoins y + besoins e = besoins x
où le partenaire y et le partenaire extra-conjugal e comblent les besoins du partenaire x et sont satisfaits eux-mêmes sans avoir à en donner plus que leurs réelles envies.
Bien sûr, je dis d'un acteur, mais il peut y en avoir trois ou six ou vingt, au fond... Je ne défends pas un modèle à trois acteurs j'explique juste que chacun devrait être libre de flatter ses envies en dehors du couple sans avoir à culpabiliser. Si on acceptait nos envies et nos besoins comme une donnée objective, l'intervention d'une tierce personne devrait aller d'elle-même.

Et d'ailleurs, à moi de demander : pourquoi cet impératif de la fidélité ? Pourquoi est-ce que l'Amour tient à ça ? Le Couple, comme entité inattaquable et cadre normatif non-négociable est-il véritablement adapté à ceux que nous sommes, à celui que tu es ? La faiblesse de nos "couples" n'oserait-elle pas s'inspirer de ce remède ?

..K..

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(*) à noter que je déconsidère particulièrement la psychologie et ce qui en découle...

Publié dans Anarchies

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Maître Sen 01/12/2015 15:40

Belle tentative de réduction de la libido à de l’algèbre. Il reste que la dimension didactique est intéressante. Ce à quoi j'adhère c'est que l'acte de civilisation ne consiste pas à seulement opposer nature et culture, mais bien à frustrer la libido (en tant qu'énergie psychique) dans son expression sexuelle pour la mettre au service d'un collectivisme social qui prend une structure hiérarchique et pyramidale. La circoncision au normatif, à la conformité (entrer dans le moule) ne somme "fascisme". On ferait bien de relire Wilhelm Reich ...
Merci ...K... pour ton partage.

Maître Sen 01/12/2015 15:44

Argh, punaise ce correcteur !
Zut, on ne peut pas corriger ?
Merci de lire "coercition" au lieu "circoncision" Lol